Les (entre­­­prises) associatives contraintes à un nouveau modèle économique

Les associations métropolitaines vivent en moyenne à 50 % de subventions et il y a tout lieu de croire que ce pourcentage est supérieur sur notre île. Depuis plusieurs années, l’Etat se désengage et concentre ses aides sur les plus grosses structures. Et ce sont les collectivités locales qui ont jusqu’à présent compensé ce recul de l’Etat. Cependant, avec la crise profonde des finances publiques, nos deux derniers Premiers ministres ont décidé d’abord de geler, puis de réduire la dotation de fonctionnement attribuée aux collectivités.

Ce sont 1,5 milliard qui ont été rabotés en 2014 et 3,7 milliards qui le seront en 2015. Cette baisse de dotation de l’Etat amène par conséquent les collectivités à construire et voter des budgets contraints (selon la formule utilisée par nos élus locaux). Pour ce faire, elles n’ont pas d’autre choix que de réduire à leur tour leurs subventions. Surtout que les campagnes électorales des dernières municipales ont fait, ou refait, de nombreux maires sur la promesse qu’ils n’augmenteraient pas les impôts. Et tous les responsables associatifs vous le diront : au début, on trouve des économies et on s’appuie davantage sur les bénévoles (130 000 dans notre département). Malheureusement, ces ajustements sont de bien court terme. Quand les subventions se tarissent, les associations qui n’ont pas su se constituer de réserve sont les premières à tomber.

18 000 salariés concernés

Ces circonstances créent pourtant une formidable opportunité pour les dirigeants de ce qu’on appelle désormais les entreprises associatives. Elles les amènent à se poser les bonnes questions : notre stratégie correspond-elle toujours à notre marché ? Comment pouvons-nous nous adapter ? Comment réagiront nos clients, nos concurrents ? Quelles sont les compétences clés dont nous avons besoin ? Pouvons-nous aller chercher un nouvel océan ? Notre segmentation stratégique est-elle toujours pertinente ? Quelles sont les autres ressources financières possibles ?

Pour ce secteur, longtemps épargné de tout besoin de diagnostic stratégique, il devient aujourd’hui nécessaire de faire appel à de nouvelles expertises qui permettront aux dirigeants associatifs de prendre du recul, de mettre en perspective les différentes contraintes impactant leur structure et les opportunités possibles. Avant eux, leurs principaux financeurs - les collectivités locales - ont eu cette démarche et ont ainsi fait appel à des cabinets de conseils. En bénéficiant d’angles de vue nouveaux, en confrontant des points de vue différents émanant de transformations constatées dans d’autres marchés ou auprès d’autres acteurs, l’idée d’entamer un tournant stratégique a germé. Ces accompagnements basés sur des méthodologies éprouvées sont une aide précieuse pour formuler une stratégie optimisée en lien avec les forces et faiblesses de chaque entreprise associative. Cette démarche peut faire peur car elle constitue un investissement dont les résultats ne sont visibles que dans la durée. Mais elle a fait ses preuves. Aujourd’hui, il n’y a pas une entreprise réunionnaise qui ait réussi son développement sans être accompagnée de l’extérieur, qu’elle soit leader dans la distribution de biens de grande consommation, de services à la personne ou dans les Télécoms. N’attendons donc plus pour sauver un secteur qui reste, dans notre île, un des principaux employeurs avec une masse salariale de près de 400 millions d’euros pour 18 000 salariés. La situation de l’Arajufa n’est malheureusement pas un cas isolé, d’aucuns se rappelleront la chute brutale de l’ARAST et de ses 1 200 salariés ou les 30 salariés de La Case du Chaudron après 40 ans d’existence !

Christophe Di Donato cdidonato@groupegbo.com